Comment êtes-vous venue au dessin ?
Le dessin a toujours été présent pour moi. J'ai commencé par dessiner des chevaux, toute petite déjà. On peut dire que c'est l'admiration des chevaux qui m'a amenée au dessin… Quand on est enfant on représente toujours ce que l'on aime - les animaux, les chevaux en particulier.

Les autres espèces animales sont d'ailleurs assez peu représentées dans vos travaux…
Effectivement, c'est surtout le cheval qui m'inspire. J'ai fait d'autres tentatives, des cerfs et d'autres essais, mais c'est toujours le cheval qui revient... Ça a toujours été mon rêve, d'avoir des chevaux, de m'en occuper… Je n'ai jamais fait d'équitation, il n'y avait rien là où j'habitais étant enfant. J'en étais malheureuse ! Je me souviens, toute petite, on m'avait offert un tableau noir et, à la craie, j'avais écrit : " si je n'ai pas de poney, je m'en vais " ! Bien entendu, ce n'était pas possible et je ne suis pas partie non plus. J'ai eu un petit chien à la place, que j'ai adoré, mais je ne l'ai pas dessiné - il était plein de poils !

De nombreux animaux, comme le cheval ou le taureau, représentent une tradition picturale et religieuse importante. Est-ce cela qui vous attire aujourd'hui dans ce sujet ?
C'est vrai que le cheval est un sujet depuis la plus haute antiquité, que ce soit au Moyen Age, avec bien sûr toute l'imagerie de la chevalerie, puis chez les romantiques… Mais pour ma part je m'attache avant tout à un rendu de l'anatomie, plus qu'à une période ou une référence donnée : c'est le cheval lui-même qui m'importe. D'ailleurs c'est ce travail sur l'anatomie qui m'a conduite à dessiner des sujets humains - quelque part c'est très proche, au niveau musculaire, en tout cas pour moi. Il y a un réel accord entre l'homme et le cheval. Et puis de toute façon il me semble que c'est une évolution naturelle !..
Quant aux taureaux, j'aimerai bien un jour aborder ce sujet : ils sont magnifiques. Cela viendra, mais il y a tellement de choses à faire… Dans les animaux on peut inventer plus facilement, alors que chez l'homme… Disons qu'un animal peut être composite, comme un griffon, fait d'éléments de lion et d'oiseau, sans que cela ne soit repoussant : on accepte plus facilement la déformation du règne animal, alors que chez l'homme on tombe tout de suite dans le domaine de la monstruosité. C'est l'une des choses que j'apprécie dans ce travail sur les animaux : quoi que l'on en fasse, on dépasse le monstre…

De nos jours le cheval devient un objet un peu particulier, puisqu'il n'a plus de rôle utilitaire…
Peut-être, mais il y a toujours des amateurs… Je citerai Bartabas pour exemple : il a réussi à renouveler l'intérêt artistique du cheval, je dirai presque qu'il a inventé une équitation artistique. Il a d'ailleurs créé une école à Versailles, dans les écuries du château. Son plus grand mérite a été de montrer la beauté du cheval : auparavant on appréciait le cavalier, grâce à lui on découvre aujourd'hui la plastique du cheval.

Et après cet " Equus ", quels sont vos projets ?
J'illustre en ce moment un livre de nouvelles érotiques de Nathalie Bernard, qui est en projet pour l'instant. Elle a déjà publié " Né d'entre les Morts " (Denoël) et " Le Jugement dernier " (Le Masque), deux romans entre fantastique et fresque historique… C'est la première fois que je travaille d'après des textes, et c'est une expérience très intéressante. Cela me conduit vers des chemins que je n'aurai peut-être pas abordés toute seule.

Avez-vous déjà envisagé de travailler à une B.D. ?
En fait la B.D. ne m'intéresse pas trop, je me placerai plutôt dans le domaine de l'illustration… Je ne me vois pas dessiner une BD, même si j'apprécie beaucoup ce support. Des gens comme Toppi, Azpiri, Caza que j'aime beaucoup, ou encore Bilal, surtout dans ses derniers travaux, m'ont beaucoup marquée, mais je ne me vois vraiment pas faire un album. Illustrer des contes, par contre, me plairait beaucoup.

Pensez-vous d'ailleurs que le dessin puisse trouver une place en dehors de la B.D ou de l'illustration ?
Et bien il me semble que l'intérêt pour le dessin grandit un peu à nouveau, avec les expositions récentes de Michel Ange et de Léonard de Vinci et les livres qui les accompagnent… L'intérêt du dessin est de mettre à nu un croquis, une recherche que l'on retrouve moins dans la peinture, où la technique lisse un peu tout. Et puis, dans un autre domaine, il y a aussi beaucoup de choses intéressantes dans les livres pour enfants, où je découvre parfois de très belles choses.
Maintenant, pour savoir le rôle de la B.D. dans ce renouveau, ce n'est pas très évident. Mais ça fait quand même longtemps que ce support existe, donc je ne suis pas sûre qu'il ait une influence directe dans ce retour du dessin… Ceci dit c'est dans ce domaine que l'on a conservé un rapport étroit à la figuration, comme dans tout le fantastique en général.