Pouvez-vous présenter rapidement ?
Colette Trignac : Mes premiers travaux portaient sur les chevaux,
et le corps humain est apparu assez rapidement, puisqu'il en est
finalement assez proche dans l'histoire de l'art. Cela fait une
vingtaine d'années maintenant que je dessine de cette façon,
et j'ai exposé dans quelques galeries à Bordeaux
et Paris. Auparavant je faisais des copies de photos, de tableaux...
Aujourd'hui je travaille sans modèle, hormi pour quelques
détails qui sont difficile à visualiser, comme la
position d'un pied par exemple. J'utilise la mine de plomb et
la craie, comme à la renaissance, d'où proviennent
des uvres qui m'ont beaucoup marquée ; la craie donne
un relief très vif, un contraste intéressant. Les
préraphaélites aussi ont copié cette même
période, et ils sont pour moi une autre source d'admiration
très prononcée. D'une façon plus contemporaine
je citerai toute l'école fantastique, avec Giger bien sûr,
dont les visages m'ont tout particulièrement touchée
- ces yeux fermés, cette image de l'intériorité
et du silence... Je citerai aussi Caza, parmi les plus connus.
Je ne fais pas de grande différence entre l'illustration
et la peinture, deux domaines qui sont assez proches pour moi
et dans lesquels je ne vois pas deux écoles opposées,
contrairement à une certaine idée de l'antinomie
du populaire et de l'artistique.
Ce n'est pas votre première édition
du travail de C. Trignac, qu'est-ce qui vous passionne ?
Egone : D'une part c'est la finesse du dessin, et d'autre part
son monde silencieux, délicat et introverti, dans lequel
je me sens assez à l'aise...
Pourquoi un portfolio de ce format, ce titre
?
Colette Trignac : Le titre correspond tout simplement à
ce que j'ai dessiné : des niches. Ce cadre apporte une
unité, une certaine rigueur à l'ensemble, et il
corrrespond très bien à la mise en valeur du corps.
C'est aussi un clin d'il à cette même période
de la renaisssance, au travers des niches qui accueillaient des
sculptures dans les jardins... C'est une même mise en situation
du personnage qui a toujours été pertinente, quelle
que soit l'époque : cela le cerne, le contient, recentre
l'intérêt sur lui et parfois peut devenir un peu
contraignant, comme le montrent deux dessins masculins où
les personnages s'arqueboutent sur les parois trop étroites.
Egone : Quant au portfolio, c'est venu d'une façon assez
peu réfléchie. Les originaux sont assez grands (80
x 120 cm), il fallait rendre cela sur le papier en prenant une
taille un peu supérieure aux formats classiques ; l'ordre
de succession des images est assez secondaire, ce qui donne une
certaine souplesse au sens de lecture. Donc le portfolio est apparu
de lui-même comme une alternative intéressante.
Pourquoi une programmation musicale avec Ambient,
indus et musique médiévale pour la soirée
de lancement au Koslow ?
Colette Trignac : Et bien encore une fois cela correspond bien
aux niches, au côté médiéval. Et ce
sont des dessins assez silencieux, qui amènent à
un certain recueillement.
Egone : Ce qui nous plait dans ces musiques c'est leur côté
en dehors du temps : à l'écoute d'une part, puisqu'elles
sont assez contemplatives, et dans le cadre plus vaste de la musique
elle-même, puisqu'elles échappent assez facilement
à une datation, à une quelconque mode.
Quels sont vos projets ?
Colette Trignac : Pour l'instant je travaille à l'illustration
de nouvelles érotiques de Nathalie Bernard, une écrivain
bordelaise qui a déjà publié deux romans
(" Né d'entre les Morts ", ed. Denoël et
" le Jugement dernier ", ed. du Masque). C'est mon premier
travail d'illustration, et ça stimule mon imagination,
me fait faire des dessins que je n'aurai jamais faits de moi-même,
avec d'autres sujets, d'autres situations... C'est un projet sur
lequel l'auteur me laisse toute liberté. De plus son univers
est aussi imaginaire, tout comme le mien, et ses écrits
ont une poésie qui me convient. Ensuite viendra un autre
recueil chez Egone, sur les chevaux, pour l'année prochaine.