Alain MARGOTTON

 

 

Aujourd'hui retiré à la campagne, Alain Margotton préfère ne pas parler de ses dessins et respecter leur silence. A ce jour, deux principaux ouvrages font un point sur ses précédentes créations : le premier, Les Visionnaires (1994), présentait plusieurs artistes et fut édité par l'aujourd'hui défunte galerie Râ ; le second, plus modeste, édité par la galerie Broutat, regroupait des dessins plus récents (1997) et, leur répondant, des textes de Michel Lamart. C'est dans les pages de ce premier livre qu'il nous faut nous plonger pour trouver quelques vestiges de mots, pour éclairer d'une lumière plus pragmatique les œuvres de ce dessinateur d'exception - vestiges enchâssés dans une interview accordée à Hervé Sérane, créateur de la galerie et rédacteur de l'ouvrage en question.

Pour la technique d'abord : le dessin émerge d'un fond granité, préalablement travaillé ; peu de préméditation préside à sa formation : ce sont les accidents du fond qui lui donnent corps, et il se dévoile progressivement sous le crayon. La couleur apparaît comme secondaire dans ce processus d'émergence ; elle n'est ni travaillée, ni réfléchie. Les derniers dessins, d'ailleurs, de plus petit format, sont en noir et blanc. Quant aux sujets, ils sont hérités d'amours diverses : le surréalisme dans un premier temps, puis la peinture romantique, et en parallèle, chez les contemporains, la découverte de H.R. Giger et surtout de G. Di Maccio. Mais tous ces antécédents n'ont finalement que peu d'importance face à une fascination sans mesure pour la nature elle-même et ses carapaces minérales ; l'homme et son corps malhabile est rare, caché parfois dans les rugosités d'un pan rocheux - au mieux. Ce sont les traces d'une vie embryonnaire et fossilisée qui se retrouve dans ses dessins, ou dans les petits objets ramassées à droite ou à gauche qui habitent aujourd'hui son atelier, en compagnie de ses propres sculptures.
" Je suis assez fasciné par le monde de l'archéologie. J'aurais pu être archéologue. Ces objets que j'ai sculpté représentent une archéologie imaginaire. (…) Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours refusé de placer dans mon travail un élément pouvant s'identifier au temps présent. "
Ce sont là les seuls mots que nous oserons lui emprunter.

Présentation tirée de la Rose Noire N°6.

 

Bibliographie :
Les Visionnaires, Ed. Shukosha
Hors le Monde, textes de Michel Lamart, Ed. Galerie Broutat
Contribution à la Rose Noire N°6